Qui contrôlera le savoir à l’avenir ? Alors que la numérisation de la culture humaine s’accélère, les éditeurs et les universitaires ont été amenés à se poser la question. Jusqu’à présent, la réponse la plus vraisemblable était Google. Le moteur de recherche numérise des livres et les diffuse en ligne depuis 2004.
Mais un concurrent est en train d’apparaître. En 2010, Robert Darnton, historien de la culture et directeur des bibliothèques de Harvard, est bien décidé à ne pas laisser une entreprise privée monopoliser l’accès au savoir de l’humanité. Son projet de bibliothèque numérique ouverte à tous devrait être prêt pour 2013. Elle rassemblerait les fonds numérisés des grands instituts de recherche américains, mais intégrerait aussi d’autres supports que le texte –vidéos, musique, films- ainsi que les archives du web conservés par l’association Internet Archive.
Comme dans le cas de Google Books, il s’agit de numériser le patrimoine culturel de l’humanité, afin de conserver les œuvres des auteurs, intellectuels et artistes, et d’en assurer une large diffusion. La différence, c’est que cette bibliothèque ne serait pas gérée par une entreprise privée. Elle serait accessible à tous, partout et à tout moment, gratuitement.
M. Darnton a exprimé pour la première fois son idée lors d’un discours à l’université Harvard : « Ce n’est pas l’utopie d’un prof de fac, assure-t-il. C’est quelque chose de tout à fait faisable. ». Et il continue : « C’est une idée qui trottait dans la tète de pas mal de monde depuis vingt ans. Mais dans le cas présent l’élément déclencheur a été le service Google Recherche de livres. À mesure que le projet Google a évolué il est devenu clair que ce serait une entreprise commerciale en situation de monopole. Un monopole plein de bonnes intentions peut-être, mais pas forcement au service du bien public, car Google rend d’abord et avant tout des comptes à ses actionnaires. »
En Europe, un projet similaire, Europeana (europeana.eu), a été lancé dès 2008. Cette bibliothèque numérique inclut le résultat de la numérisation des différentes bibliothèques nationales européennes. Elle compte à ce jour 20 millions d’objets numérisés et entend atteindre les 30 millions d’ici à 2015.
Courrier International. Février 2012 (texte adapté)




