Chaque femme est un roman - EOI francés B2

«Roman en liberté» et «livre foutraque1» de l'aveu même de son auteur, Chaque femme est un roman constitue le dernier volet d'une trilogie familiale entamée avec Le Zubial et poursuivie avec Le roman des Jardin. Après avoir dévoilé au grand jour les secrets d'une famille excentrique, Alexandre Jardin se concentre sur les «adorables perturbatrices» qui l'ont aidé à se construire et à penser autrement, «loin des glissières de sécurité». Jardin, pour qui les femmes sont des «tremplins vers le fabuleux», convoque un bouquet de créatures et de séducteurs. Voici notamment une blonde voisine qui fait l'amour «comme on sort de la route» alors qu'il essaye de réviser sagement pour son baccalauréat; une mère qui brûle sa bibliothèque; un ministre de la Ve République qui a fait le gigolo; ou cette Milou qui croit au pouvoir des mots. Le savoureux portrait de l'éditrice Françoise Verny vaut le détour. De l'Alexandre Jardin pur jus!
Je m'appelle Alexandre et je suis écrivain.
Longtemps je me suis cru l'héritier d'une famille givrée2, portée par l'écume du siècle et engagée dans des tournois sentimentaux qui me dépassaient - alors que je suis né de mes rencontres avec d'étourdissantes perturbatrices. Ce sont les femmes, en effet, qui m'ont appris à penser autrement, loin des glissières de sécurité. Les hommes, en revanche, ne sont pas mon genre. [...] L'improbable roman de mes apprentissages se confond avec celui de mes rapports avec des filles toquées de3 liberté. Toutes ont dynamité mes opinions ou fait craquer la tunique de mes réflexes trop sérieux.
Ma mère, la première, réprima mon inclination pour la tranquillité en faisant la guerre à mon fond d'idées stables. Saute toujours dans le vide, jamais dans ce plein, me répétait-elle souvent. Dans son esprit, cela signifiait torpiller l'idée même du repos. Chaque jour, je devais larguer les amarres, effondrer mes certitudes et, surtout, envisager l'inconcevable. Il ne fallait consentir à rien de fixe et à rien qui manquât de hauteur. Avide de tempéraments de son calibre, je me suis ensuite efforcé de dénicher des filles inclassables et souvent dénuées de ballast4 moral. Ces faux départs passionnels, à l'ouverture de ma vie, ne furent pas les moins formateurs. Le goût des femmes différentes, chez moi, a suppléé une fréquentation de l'université (où je n'ai fait qu'un saut tant je craignais d'y expier mon ignorance). Aujourd'hui encore, je continue à vivre des intérêts de ce pactole de liaisons et d'amitiés avec de robustes luronnes. C'est en faisant à leurs côtés l'expérience de l'inimaginable ou de l'impossible tenté que j'ai appris à apprendre et surtout à désapprendre.
- Des réservoirs sur les bateaux permettant de changer l’immersion ou l’équilibre.
Ce livre foutraque est le recueil de leurs préceptes, ou plutôt l'histoire électrique des interrogations qu'elles n'ont cessé d'allumer en moi. Parfois, il me semble que les femmes sont des tremplins vers le fabuleux. [...] Depuis mon plus jeune âge, je sais que chaque femme est un roman. Voici en quelque sorte mes études littéraires, blondes et brunes.
Ce volume, crucial à mes yeux, a failli ne pas voir le jour! [...] Pourquoi passe-t-on tant de temps à éluder ce qui nous est essentiel? Mi-avril 2007, je prends une décision difficile: je brûle l'ouvrage - fabriqué, chargé de brillances et finalement raté - sur lequel je m'échinais depuis plus d'un an. Quel soulagement! Façon sans doute de me sentir à nouveau fils de ma mère. [...] Je flambe donc ce manuscrit mort-né avec l'espoir que cette taille fera remonter en moi une sève franche. Au fond, j'ai moins été déçu par ce roman glacé que par l'homme déloyal que j'étais devenu en l'écrivant. Je m'y dérobais derrière des mots.
Illico, je préviens ma mère de mon autodafé. Fidèle à son logiciel d'aventurière brevetée, elle me rétorque:
- Bravo mon chéri! Je n'en attendais pas moins de toi. On devrait toujours flamber ses livres... Je recommande cette ascèse.
- Pourquoi?
- Pour ne pas vieillir avant l'heure. C'est pour cela que je n'ai jamais publié les miens...
- Tu as écrit des romans... toi aussi?
- Pour les brûler, cinq ou six. Tu vois, il arrive que nous soyons de la même famille... Curieuse lignée de brûleurs de livres...

Texte adapté. © Alexandre Jardin, Chaque femme est un roman.
(Encadré : © www.lire.fr) (696 mots)


1 Foutraque: (Fam.) Un peu fou.
2 Givré: (Fam.) Fou.
3 Toqué de: (Fam.) Amoureux fou de.
4 Ballast: - Lit de gravier qui supporte une voie de chemin de fer.


COMPRÉHENSION ÉCRITE


Lisez le document ci-dessous et retrouvez les mots ou expressions correspondant aux définitions suivantes.
L’item 0 est un exemple.
0. Au témoignage de. De l’aveu de.

1. Partie. Volet
2. Commencée. Entamée
3. Groupe. Bouquet
4. Est intéressant. Vaut le détour
5. Découvrir. Dénicher
6. Dépourvues. Dénuées
7. Esquiver. Éluder
8. Me cachais. Me dérobais
9. Réplique. Rétorque
10. Famille, branche. Lignée

+EXÁMENES RESUELTOS

No hay comentarios:

Publicar un comentario en la entrada

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...